C'est le concert ou je me sens le mieux, depuis celui qu'on a appelé le Freedom Gig à ma sortie de prison, celui ou notre chaotique histoire a pris toute la mesure de son myhte, ou notre haine a surpassé le reste et ou notre amour s'est traduit en de langoureuses pelles, ou ton attente m'avait fait oublié toutes mes rancoeurs, ou les tiennes s'étaient envolées, sitot vue ma tete rasée, et mon polo Fred Perry qui t'a rappelé tant de choses.
Lorsque je suis allé en tole, je me suis d'abord retrouvé chez les flics. Une histoire avec un cran d'arret, je n'avais pas pu supporter l'austerité de ma désintox bouddhiste, et c'était un cadeau. C'était la premiere fois qu'on m'arretait, sans toi, en tout cas, il y en aurait d'autres, je ne le savais pas. On avait jusqu'ici tout fait ensmeble, nos conneries, nos vols à l'étalage pour impressionner les minettes, tout ca, my lad, c'etait ensemble. On était comme la paille et le rail -qu'on devait partager. Tu avais toujuors le rail et moi la paille, tu savais que j'aurais pu en abuser. Mais quand je suis devenu n consommateur plus régulier, on m'a offert une paille. Je t'ai refilée l'ancienne, et tu n'as rien vu. On se faisait tout ca dans les toilettes, avant, on y gobait nos pillules ou notre poudre, on y baisait des groupies. J'en suis arrivé au stade ou je fais semblant de pisser, enfermé dans la cabine avec ma cuillere, pour etre tranquille, et tu fais semblant de ne pas voir mes pieds sous la porte, ni de rien voir du tout, ni de rien sentir. La drogue a tué notre groupe, j'ai tué notre reve commun, on l'a senti avec le succes, on le voulait, et quand on l' eu, qui imaginait qu'on eut à le partager? Alors on a sorti notre épingle du jeu, à tours de roles, et tiré la couverture à nous, comme toi, comme un crétin avec ton trophée des NME. Le crack nous a enterré vivant, comme j'ai pu faire avec les morts, avant, j'ai creusé notre tombe, mes retards incesants, mes absences, mes No shows, tout ca n'a pu compenser les souvenirs heureux qu'on a eus à Paris pr exemple, ils sont si nombreux, pourtant, mais rien ne peut t'enlever cette idée de la tete: moi et la drogue sont virés du groupe jusqu'a nouvel ordre, cest a dire que je décroche. Mais je suis comme un enfant qui fait une connerie, je me vois de l'exérieur, mon garrot ou ma pipe, peu importe et je me dis que je ne peux pas le faire, et finalement, l'aiguille s'enfonce toujours dans mon bras, et nous jouions dans le métro, nous composions n'importe ou, t'en souviens tu? Tout ca s'est envolé, avec ta prise de conscience: ce lendemain dont nous nous foutions peux me tuer, je ne sais combien de temps j'ai a vivre et je m'en fous, mais pas toi, je pourrai dépasser une dose, tu vis dans la crainte, fini l'insouciance de notre vie au jour le jour.
Je n'ai pas pu répondre à tes lettres. Je me suis revu à chaque fois, cela me jettait à la gueule toutes les causes de notre échec en tant qu'entité, je me suis revu devant ta porte, illuminé par le spot des flics, avec ton portable et ta guitare me débordant des bras, et je suis désolé, chaque lettre me pointait du doigt malgré toi, je connais tes intentions, et je ne peux recevoir notre amour comme avant: je ne coris pas pouvoir vivre sans notre lien passionnel, mais je ne peux me regarder en face, je sais que rien ne sera plus comme avant, car je suis parti en couille littéralement, et tu sais que ca peut m'arriver encore. Je ne peux m'empecher de faire du mal aux gens que j'aime, bordel.
On est le 16 décembre. Il est dix heures moins le quart, on rentre sur scene sous les acclamations, je crois que tous mesurent la chance qu'ils ont de me voir sur scène, ca n'arrive pas à tous, je ne sais pas ce qui me pousse a ne jamais me présenter. Si je n'en ai pas envie, de jouer, je vais pourrir notre ste, je le sais. Alors autant ne pas venir. En entrant, une veste dde survet sur les épaules, dinglinguée comme tout ce que je porte, car je hais les choses lisses, qui me rappelent une conformité de laquelle je souhaite m'échapper, je pensais a mon nouveau groupe, celui qui fait la musique que toi et moi aurions du faire si ces enculés ne nous avaient pas si bien convaincus, avec force champagnes et lignes de coke. Pauvre toi, ils savaient que tu étais un ex junk. Et lui, derrière ses futs qu'il martele comme un fou, je ne comprends rien. Notre relation n'est pas impossible elle est au point mort comme avec tous les autres membres du groupe. Nous ne pouvons pas nous supporter mais finissons toujours par nous rouler des pelles, tandis que lui, on finit toujours par nous mettre des beignes, et pourtant, toujours, il assure, et plus, il fait son job avec un supplément d'ame, sublimant par chaqu coup sur ses peaux ceux que nous nous mettons avec nos manches de guitares, jouant avec férocité, comme un exutoire, comme une catharsis a notre animosité, mettant notre haine de coté, il donne tout pour celui que nous constituons à nous quatre, malgré nos différences et nos incompatibilités, grace à toi je crois, dont la meche obstrue le regard et te conduit a te planter de frete.
Tu annonces au bout du 3eme titre qu'no en jouera 17, et on a attaqué, des le début, avec cette urgence qui nous caractérise, on sait maintenant, avec on faisait comme si, qu'on a peut etre plus que 3 minutes devant nous, oui, le temps que j'aille aux chiottes, je peux me tuer, et tous nous tuer, et donc on déballe notre sac en 2min30, et il nous en reste 30 sec pour nous dire au revoir, on entend tous, dans nos micros, les claques qui sonnent sourdement, les baisers qui claquent sur nos joues, et ta cravate est déchirée, on se branche, on s'accorde en jouant un morceau, c'est un capharnaum magnifique. Notre musique est un bruit vivant, en constante évolution, qui sonne, qui résonne, qui englobe tout le monde et vous fait ressortir de la masse, en deux minutes, je rompts avec une demoiselle, je déclare ma flamme à Katie, et je visite un camp de concentration, bref je vis.
Le concert est chaotique. Paradisiaque, et chaotique. Eternel, et le signe de notre retour, pour quelques heures, nous nous sommes retrouvés, embrassés, frappés, drogués ensemble, mais tu me surveillais, comme au bon vieux temps, like at the good old days, et on a joués, notre vie en dépendait, c'est exactement ca, car si on était mort, c'aurait été amis, amants et traitres, mais par dessus tout heureux. Cela restera comme le concert de la résurrection passagere, les pires désastres s'annonce mais ni toi ni moi ne les regardons en face, nous avons évité de jouer les titres violents -bientot acclamés par le magazine français RocknFolk, qui me placera des 2003 comme Espoir avec mon nouveau groupe, et sanctifiera mon ancien- qui porteraient malheur, évoquants nos déboires, notre séparation, tout ce que l'on regrettera, nos reves et nos illusions perdues, tout ce que l'on a perdu et qui est égaré à jamais.
Qui sait, apres notre mort en tant que groupe, car elle semble inévitable, rien ne continuera comme ce soir s'est passé, peut etre entendront nous reparler des Libertines?