"-C'est notre chanson, commence-t-elle. -C'était."
Je me suis forcé a la couper, j'en meurs. Je ne veux pas qu'elle croit qu'il y a encore une chance. Pas cette fois. C'est la troisième fois, la dernière, que nous vivons cette scene. C'est la première ou tout se passe sans effusions. Aucun cri ne vient troubler le silence tranquille et opulent de cette résidence ou le charme discret de la généalogie londonienne et son architecture grégorienne cotoient la technologie de pointe de caméras de surveilance dissimulées dans un arbre factice. Aucun pleur ne déchire son joli visage de poupée, aucun trait de mascara ne dessinera de romantiques rigoles sur ses tendres joues. "I'll never let you go, from my heart." Seul son menton tremble, agité de soubresauts sans joie il témoigne de son état nerveux.
Je la regarde, je descends les marches qui menent au portillon blanc peint joliment, nous passons par le jardin a l'herbe légendairement coupée, elle retire ses chaussures, et nous nous asseyons sur le sol froid. Elle réajuste son trench et frissonne dans la brise. Je m'étonne que contrairement a la dernière fois elle ne tente rien. J'ai l'impression que tout est fini, quand plus personne ne lutte, comment espérer maintenir les choses a l'eau? J'allume une cigarette, la flamme réchauffe mon nez, et le tabac gonflant mes poumons me relaxe.
"-On pourrait imaginer que l'auteur ait décidé de mettre des points de suspension, pas un final, non? lache-t-elle dans un souffle, sans aucun espoir de victoire.
-Quand l'auteur met des points de suspension, c'est juste qu'il sait pas quoi mettre derrière. C'est un problème d'inspiration, il n'arrive meme plus a se surprendre, comment pourrait il surprendre des lecteurs? C'est un point final, mon am..."
Je ne peux meme pas finir ma phrase, ma voix se brise quand je prends, au moment de l'appeler comme je l'ai toujours fait, dans la gueule tout ce qui me manquera. Je suis surpris, je m'attendais a ce qu'elle implore, qu'elle se remémore, qu'elle évoque toutes nos envies communes. Il n'en est rien, sa respiration calme a coté de moi, ses yeux sont fixés sur mon visage. Elle aurait presque l'air soulagé. Et ce lapsus me ravage, il torture mon ventre, et dans le silence de ces trois heures du matin, l'angoisse me serre, j'étais censé être l'insuffleur de cette volonté de rupture et cette énergie m'a quittée et c'est elle qui, relaxée, serait en état de mettre au clair mes brouillons sentiments. Je sens ma tete s'alleger. L'effet de l'alcool ingurgité dans l'attente de ce moment se fait enfin sentir. On s'aimait, et j'ai semé des bouteilles dans l'espoir que l'on se désaime, que l'on se déchire, et qu'on dépasse tous nos beaux sentiments, pour ne pas finir dans une impasse, obligés de finir dans le mur.
J'allume une autre cigarrette, elle en prend une, et nous savons que c'est bien la derniere avant longtemps. On va couper les ponts histoire de, de l'eau coulera dessous d'ici a ce qu'on se revoit, de l'eau tombera dessus, des metres cubes pour oublier, pour s'y noyer, pour y laisser décanter les souvenirs de tes ongles rongés, des apres midi a regarder les pigeons, de ta petite robe noire, de ton parfum que j'avais acheté our toujours dormir avec toi, et dont je briserai le flacon ce soir, tes escarpins, ton sourire, ton gout pour la pluie, ton emploi du temps, ta façon de sortir nonchalemment ton porte monnaie, ton look déplacé dans les manifestations communistes, tes ongles toujours rouges, et les traces de tes lèvres dont je me nourrissais sur les cols de mes chemises, ta démarche vaporeuse, la courbe de tes reins quand ma main les appuyait, tes doigts sur un filtre de cigarette, ton gout pour le whisky coca, et puis tes doigts agiles pianotant sur des touches noires, blanches, croches,...
Je me surprends, je m'attendais a ce que ce soit toi, qui me les rappelle, tous ces souvenirs, comme la dernière fois, que tu te jettes a corps perdu d'avance dans une bataille inutile, dans un combat sans espoir, pour la beauté du geste. Et c'est moi qui plonge dans ces instants polaroisés, les seuls qui me resteront, jaunis par le temps de chien, auxquels se superposeront de nouveaux clichés superscopiques en technicolor qui prendront eux aussi bien trop vite une teinte sépia.
Je laisse avec toi une part de moi associé a cette époque, la StValentin 2004, la 2005, la 2006, tes boucles brunes, lourdes, carressant la courbe de tes cheveux, les courses dans les champs, les balades verdoyantes, les irish coffee du dimanche matin, ton shampoing, ce que tu chantais sous la douche, notre rencontre fortuite dans des toilettes ou ma copine embrassait ton copain, notre naiveté ou tout durait toujours, le jus d'orange des dimanches matin, les croissants des matins de semaines, les révisions dans les transports publics, les nuits passés sur les bancs publics, ton rire enfantin encore, tout cela sera toujours accolé a ton nom pour moi, mais tout cela est fini. Et j'en suis aussi triste de devoir le dire que d'y penser, je l'ai craché, en espérant te mordre, te faire mal, car j'ai cru qu'il serait plus facile pour tio de me détester plutot que de m'oublier. Alors qu'on peut aimer quelqu'un qu'on déteste. Et l'inverse aussi.
Les cloches sonnent, une heure a passée. Une heure silencieuse ou tout a été dit. Notre désir de continuer quelquechose qui s'est arreté malgré tout. Et donc notre acceptation qui en découle. Notre peine aussi. Mais nous sommes restés dignes. Nous ne nous sommes aps effondrés en sanglots, nous ne sommes pas tachés de larmes, seulement de vodka, je n'ai pas pris une dernière fois tes freles épaules dans mes bras, j'ai regardé la fente séparant tes seins, et tu t'es regardée, pour ne pas avoir a me regarder, je ne savais que faire, j'ai regardé ton collant filé, je te l'ai dit, sans oser le toucher, n'ayant plus le droit, et mon coeur s'est fendu a cet instant, et je t'ai dit rentre, tu vas attraper froid, d'ailleurs, tu trembles, je voulais te voir partir le plus vite possible pour que tu ne me voies pas, je t'ai dit "Adieu mon amour", Far, Well, loin et bien, c'est exactement ca. Prends soin de toi, pour me revenir pareille, pour que je te vois comme je te vois, pour que tu sois celle de mon souvenir, que j'ai tant de fois attendue et que je n'attendrai plus jamais de la meme façon. Tu m'as embrassé, c'etait la derniere fois que tes lèvres claquaient sur les miennes, elles sentaient tout ton etre et mon désir de m'en abreuver encore, et elles ont laissé sur mes lèvres un gout amer, je t'ai regardée partir, ma cravate que tu venais de m'enlever a la main, comme un souvenir ou une revanche, dans ta petite robe, tes escarpins, dans la neige et dans la liesse de cette veillée de Noel.
Je m'assieds sur une marche, affrontant les courageux joggeurs et promeneurs de chien qui regardent et dévisagent. Ma tete dans mes mains, l'eau salée fait fondre doucement la neige.
![Je te veux, m'en voeux tu, en voila. [I do look desperate, even if you can't see.]](http://e4.img.v4.skyrock.net/e4d/cantstandyounow/pics/968598106_small.jpg)
![Elle n'était meme pas belle, elle était meme un peu conne et d'ailleurs je n'ai plus le mooindre souvenir de sa personne. [Je sors, je drague comme on creve, avec tellement de choses à regretter, comme ta langue sur mes lèvres. Oh mon Amour, je crève de ne pouvoir te toucher.]](http://e4.img.v4.skyrock.net/e4d/cantstandyounow/pics/955829262_small.jpg)