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Dernier article avant déménagement. [Move, move, that's too ugly here.]

Dernier article avant déménagement. [Move, move, that's too ugly here.]
Je pars, bientot, c'est décidé. N'essayez pas de me faire changer d'avis, c'est décidé. Je m'en vais, comme Miossec puis Cali un peu moins bien apres lui, mais pour Blogspot ou Canalblog, c'est décidé. Tant pis pour les multiples couleurs, les skyblogstars qui m'auraient poussé a ne pas écrire pendant une semaine en signe de protestation s'y je m'étais retruvé par hasard, le public sur qui l'on crache car ce qu'on n'écrit ne s'adresse pas a lui alors qu'on écrit la ou tout est a sa destination. Alors on paquete, on fait les valises, on range tous les bibelots dans du papier journal, un vieil exemplaire de l'Equipe, du Figaro ou de Libé, c'est selon, pas de Charlie Hebdo car on les collectionne, et on met tout cela soigneusement dans un carton sur lequel on écrit au marqueur noir en lettres capitales SALON ou CHAMBRE BEBE. Chambre bébé. Je viens de le finir celui la. On range tout, les gabardines, les grenouilleres, les biberons, et puis la table a langer IKEA qu'on a meme pas monté, tout ca va avant meme d'etre sorti retrouver le cagibi, dont je t'avais interdit l'acces, ou je les rangeais. Tout cela sera inutile, de toute maniere, depuis l'accident. Ton accident. Mon accident. Notre accident. Pour tirer une derniere latte sur le filtre de ma Marlboro, pour reserrer ma cravate et feuilleter London Birth Of A Cult sur le siege passager, acheté le matin pour toi, qui pourri désormais dans le tiroir de ma table de nuit, et que je n'ai meme pas osé ouvrir depuis. Je te revois, toi joyeuse, courant, et puis toi allongée, et toi endormie, toi réveillée, toi avec cette blouse d'hopital, toi brisée par la nouvelle, et puis toi dans mes bras ce premier jour, et toi, toi, et puis toi dans ton sang, et toi dans mon sang.

Je n'ai pas osé jeter tout ce que j'avais acheté par la fenetre de notre premier appartement commun trop exigue, meme si tu ignorais l'existence de tous ses objets, ce n'est pas comme ca que je ferais ma catharsis, j'exposerais tout ca sur une étagere BILLY de chez IKEA, on exposera notre brisure modele, l'échec sanglant d'un couple, la mort de notre fin dans un bruissement de pneu, le temps du crissement d'une pierre a briquet, comme ils le font tous, ces étudiants modeles prépas Henri IV-HEC-Rallye, en projetant leur bonheur dans une vitrine facile a monter, dans leur 4 pieces meublé, en exposant photos de bonheur a la pelle immaculé en pochette surprise...

Je me dirige vers la cuisine, ouvre le frigo et me brise, repérant une bouteille de Zubrowska a moitié entamée, rescapée d'une soirée, la ou devraient se trouver les petits pots Blédina. Je l'ouvre et bois au goulot, sentant le liquide réchauffant ma gorge, et je m'en gave, je me remplis de tout ca provoquant un haut le coeur, continuant, sentant mes entrailles se revulser sous l'afflux constant d'alcool. Je pense soudainement a toi qui rentrera bientot. Comment vais je pouvoir te le dire, que je savais, que j'avais compris ce que tu ignorais? Que j'avais compris d'ou venaient ces nausées que tu ne voulais pas voir et dissimulait derriere une rage alcoolique, cette absence de regles. Et l'eau coule le long de mon menton, et je trouve soudainement le sol blanc carrelé carrément obsédant, et une attirance vertigineuse se saisit de moi, et las, je laisse s'échoir la bouteille transparente qui se brise dans un fracas ténébreux. Je me laisse tomber a sa suite, baignant dans le verre, et la vodka, que je leche a meme la faïence, et le verre ecorche ma langue et la flaque d'alcool est mélée a une mare sanguine, et pour éteindre le feu qui élance ma tete, ce tourbillonement qui m'éprouve, je me redresse et tatonne jusqu'au distributeur de glaçons sur lequel j'appuie, et que je vide, espérant me noyer dans l'eau solide. Je bois encore, et je sais que tu as du rentrer, depuis que je suis allongé, j'ai entendu tes pas, mais tu n'as pas appelé, comme tu le fais d'habitude, je me redresse, sens les bris de verre écorcher mes pieds qui laissent des marques écarlates sur le carrelage tout a l'heure d'un blanc immaculé de sainteté, l'eau froide gicle et gifle mon visage, je me dirige vers le salon, m'effondre sur un carton, celui la meme ou sont rangés les vetements de 1 a six mois, que tu as dus voir, je n'aurais alors pas a te dire, je savais, je me laisse tomber pres des disques, en pose un sur le lecteur, et j'entend la voix si porteuse de mystere de Ian Curtis, l'ombre qui règne sur chaque syllabe, sur chaque accord, sombre, sombre, le 17 mai 1980, je crois, Love Will Tear Us Appart, contre les moulures en placo du mur blanc, j'allume une cigarrete, sort mon téléphone et compose un numéro. Ca sonne et on décroche? "Allo Sophia? Oui, c'est qui?..." Je ne peux meme pas finir, impossible de prononcer les mots a ta voix si réconfortante, impossible de le dire, cela reviendrait a l'accepter, et non, pas notre enfant....

Ma tete tourne, quand je me leve, je m'appuie sur les murs que je salis, rougis, noircis, je frappe ce carton qui, insolent, m'interpelle, avec mon écriture et j'aimerais faire disparaitre mon malaise, c'est pas l'amour qui nous déchirera, c'est moi qui l'ai fait, je contemple l'amas de glaçons fondu au quart et tete, a genoux, l'alcool restant, on dirait que je bois pour oublier, que je fume pour oublier que je bois, ces excuses de collégiens rigolards, mais non, je ne veux pas oublier, je bois pour pouvoir en parler, non seulement a toi, mais pour pouvoir m'élancer, éthylique, dans une rue pour pleurer mon corps hors de mes yeux, en évoquant ma peine, et ma culpabilité, et je m'avance dans le couloir, devant la chambre qu'on lui reservait, et j'entends des sanglots derriere la porte de la notre, et je la pousse doucement et t'observe, et m'avance en retenant ma respiration, regardant les marques rouges, pales désormais, que je laisse encore, et je me penche vers toi, pour entendre ton souffle, et je repere enfin les traces humides menant de la salle de bain au lit, tu es trempée et tremblante, je m'approche de ton dos agité de soubresauts, vois ton menton tremblant, carresse douceuresement ton bras nu et je t'enleve ta chemise a carreaux, celle que tu aimes tant, pour te frictionner avec la serviette abandonnée sur le sol, et tu dors, si innocente, comme le soldat de Rimbaud, trop jeune, mort pour un cause qui ne le concernait pas, comme notre enfant, mort pour mon combat de futur pere mal, torturé entre la chair de sa chair et la peur de l'échec, des erreurs de son pere, du manque de hauteur, mais quand tu entrouvres les yeux, tout ceci s'évapore, et le bien etre de ta chaleur m'envahit, malgré le rimmel dégoulinant de tes yeux, a cause des larmes et de ta douche habillée, et ta joue, douce se tend vers la mienne, et je touche ta main et ton annulaire je regarde tes yeux j'écoute tes oreilles je baise ta bouche et je pleure sur ton épaule et j'aime t'aimer


# Posté le samedi 23 juin 2007 16:14

Modifié le samedi 23 juin 2007 16:25

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